NATURE MORTE : Comme un Ikebana

Et puis je me suis sentie dépossédée de l’espace et du temps, apostrophée, je devais dorénavant demeurer dans l’immobile et l’intime du domicile pour une durée dont j’ignorais l’échéance. Il y avait comme un goût d’enfermement qui cherchait à habiter mes journées sans début ni fin, et qu’il fallait affronter pour ne pas s’abîmer. Alors comme dans une boîte où l’on préserve ce que l’on a de précieux, une alcôve où l’on pose ce qui nous sied au regard et à l’âme, j’ai présenté le foyer à mon esprit comme étant le cadre d’une toile vierge et je l’ai invité à s’y évader dans le temps suspendu. Libre d’ouvrir les portes de l’imaginaire et avec ce besoin de porter le regard dehors, ce sont les manifestations du printemps qui ont exalté mes pensées. Les branches de cerisiers, pommiers et pruniers en fleurs que je voyais éclore doucement chaque jour par la fenêtre me parlaient. Elles évoquaient l’espoir et le temps qui véritablement ne s’arrête pas et va à son rythme naturel. Le tableau de cette nature en floraison faisait écho à mes réflexions, comme des notes sur une partition, une syntonie que je pouvais visualiser, que je pouvais décliner en images, où je pouvais composer formes et éléments. Choisir une branche pour ses lignes, autant que pour ses fleurs et ses feuilles, l’arranger dans un vase qui souligne son caractère et la mettre en scène dans une alcôve à la manière de l’Ikebana était devenu une évidence. Ainsi, mes images espèrent résonner avec l’Ikebana, celui de style Nageire à l’esprit Wabi dont elles sont inspirées. Une école où les règles de l’Ikebana furent simplifiées pour entrer dans toutes les maisons quand auparavant cela était réservé à l’aristocratie. Il y a là une quête d’harmonie entre le plein et le vide, l’espace et la profondeur, pour faire émerger la beauté d’une composition florale épurée où l’asymétrie amène l’idée de vie et de mouvement. Chaque élément revêt une symbolique et se veut porteur de sens. Ainsi le bourgeon et le bouton expriment l’avenir, la fleur ouverte évoque l’épanouissement tandis que le lichen fait référence au passé.

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