Que dorment les âmes d’or

 

C’est en se baladant le Dimanche, sans autre but que marcher et prendre l’air, qu’il arrive qu’on se retrouve à parcourir respectueusement, si ce n’est cérémonieusement, le cimetière local. Là, règnent le calme et la paix, rares sont ceux qui ne ressentent pas cette atmosphère toute particulière. Au cimetière de Lourdes la majorité des dernières demeures de nos défunts sont grises, tellement grises, parfois ponctuées, heureusement, de quelques fleurs aux teintes délavées, ce n’est pas grand chose mais c’est quand même une petite touche de couleur qui fait du bien. Et puis beaucoup sont abîmées, des glissements de terrains à répétition ont eu raison de l’alignement de beaucoup d’entre elles, certaines semblent même échouées, comme un navire sur un banc de sable… Mais il y a là aussi, pour qui regarde où il pose ses pieds, deux toutes petites tombes faites de mosaïque aux teintes d’or et de cobalt, qui sont comme un rayon de soleil  au milieu des autres où se succèdent des dates, des visages, des vies passées, parties…
Il y a là tant d’histoires personnelles et familiales qui nous rappellent les nôtres, on a tous un ancien qui nous a quitté et c’est dans l’ordre des choses. Il y a, on le voit, des vies qui ont été bien remplies, des êtres qui sont partis en paix, et qui laissent derriere eux le souvenir de leurs rires et sourires. Mais il y a aussi les enfants, passer devant leurs si petites tombes et lire les dates de leurs si courtes vies soulève tant de questions… Notre rapport à la vie en est touché, car la mort nous semble longtemps loin de nous, jusqu’à ce qu’un jour nous prenions conscience que nous vieillissons et qu’alors les distances entre elle et nous se font plus courtes. Mais les enfants, à peine ont ils respiré, à peine ont ils été aimés, choyés par leurs mères et leurs pères que la faucheuse, bien trop en avance, les arrache à la vie.
Qu’elles reposent en paix ces petites têtes à peine chéries ici bas, que déjà elles quittaient ceux pour qui elles étaient tout, qu’elles dorment ces âmes d’or, dans leurs toutes petites tombes faites de mosaïque d’or et de cobalt, qu’elles dorment d’un sommeil heureux, toujours heureux.

Que dorment les âmes d'or © Valerie Servant        Que dorment les âmes d'or © Valerie Servant